Judith Rothchild, rencontres animales
On connaît les manières noires de Judith Rothchild, étonnantes images venues de la profondeur de la nuit. Mais cette artiste d’origine américaine, installée dans un petit village de l’Hérault depuis une cinquantaine d’années, est également une dessinatrice qui aime s’exprimer en très grand format et pratiquer sur le motif – ce qui la change agréablement du travail à la fois minutieux et virtuose de gravure qui s’effectue dans l’atelier. Aussi, quand l’université de Montpellier lui a ouvert les portes des réserves de l’Institut botanique de la ville, où sont conservés de nombreux animaux naturalisés, a-t-elle saisi l’occasion. Pendant un an, elle s’y est rendue régulièrement pour réaliser 23 grands dessins, puis, dans un deuxième temps, huit gravures en manière noire : lionne, markhor ou grande chèvre du Pakistan, tamanoir, singes, cygne enveloppé dans sa protection de plastique comme sous un voile de mariée, guépard poursuivant un zèbre ou oiseauxlyres. « C’était très troublant, souligne l’artiste, parce qu’ils étaient drôlement vivants et terriblement morts à la fois. » De ce curieux endroit, elle a rapporté des images étranges, venues elles aussi d’un monde nocturne – l’obscurité étant nécessaire à la bonne conservation des pelages et autres plumages. Sur les dessins et les manières noires exposés dans la galerie parisienne Documents 15, on peut parfois apercevoir de l’autre côté des fenêtres les arbres du jardin botanique, ce qui accentue la poésie de ces portraits et rencontres animales.
Laurence Paton
Judith Rothchild. Bestiaire et autres curiosités, dessins, manières noires, livres d’artiste, jusqu’au 30 mai 2026, galerie Documents 15, 15, rue de l’Échaudé, 75006 Paris. Du mardi au vendredi de 13h à 19h, le samedi de 12h à 19h. Tél. : 01 46 34 38 61, site Internet : galeriedocuments15.com